Visuel UT2025

L’Université de la terre est un rassemblement unique en Europe, de réflexions, de partage, de débats pour inspirer l’action, qui propose deux jours de découvertes et d’échanges, ouverts à tous, sur les grands défis à relever pour la planète, le vivant et la cohésion sociale. L’édition 2022 a réuni 10 000 personnes.

Les 14 et 15 mars 2025, l’Université a célébré ses 20 ans autour du thème NATURE=FUTUR en soulignant ce qui peut paraître une évidence : l’absolue nécessité d’une reconnexion de l’humanité à la nature, dont la survie dépend.

La Fondation Une Santé Durable pour Tous a coorganisé les 4 sessions autour de la santé  :

Santé mentale : une urgence silencieuse, des voix qui s’élèvent

Animée par Edwige Coupez, journaliste et modératrice, cette rencontre a réuni des experts de divers horizons: Cynthia FLEURY, Philosophe et psychanalyste, Professeure titulaire de la Chaire « Humanités et Santé » au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam); Tim GREACEN , Directeur sortant et créateur du Laboratoire de recherche en santé mentale, sciences humaines et sociales du GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences; Lilâ Le BAS, Directrice Engagement Société de la Macif; Angèle MALATRE-LANSAC, Déléguée Générale de l’Alliance pour la Santé mentale; Maxime PEREZ ZITVOGEL, Cofondateur de la Maison Perchée.

 

Alors qu’un Français sur cinq souffre d’un trouble psychique et que 40 % des étudiants présentent des symptômes dépressifs, la santé mentale s’impose comme un enjeu majeur de santé publique. Et pourtant, elle demeure la grande oubliée : délais d’attente délirants, structures saturées, professionnels en souffrance, stigmatisation persistante.
À l’occasion des 20 ans de l’Université de la Terre, une conférence tenue à l’UNESCO a réuni chercheurs, philosophes, psychiatres, représentants associatifs et mutualistes. Leur ambition : porter collectivement une vision plus globale, inclusive et systémique de la santé mentale. Une urgence silencieuse devenue cri collectif.

Un symptôme d’une société en tension

La pandémie de Covid-19 a agi comme un révélateur d’un malaise structurel. Les confinements successifs ont amplifié des fragilités existantes, creusé les inégalités, mis à l’épreuve le système de soin et le lien social.

Pour Cynthia Fleury, professeure au GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences :
« La santé mentale est un baromètre de notre capacité collective à prendre soin. Une civilisation qui ne prend pas soin n’est rien. »

Elle évoque une montée alarmante des troubles anxieux, de l’écoanxiété, du mal-être chez les jeunes et les soignants, et une porosité accrue à ce qu’elle nomme l’“anxiété politique” : un sentiment diffus d’effondrement global.

Dépasser l’approche purement médicale

Tous les intervenants s’accordent à dire : la santé mentale ne se réduit pas à une pathologie. Il s’agit d’un état de bien-être subjectif, évolutif, influencé par une pluralité de facteurs : logement, travail, éducation, environnement, relations sociales, alimentation.
« Il n’y a pas de santé sans santé mentale », rappelle Angèle Malâtre-Lansac, déléguée générale de l’Alliance pour la santé mentale.
« Elle concerne 100 % de la population. »
Tim Greacen, directeur de recherche en santé mentale, plaide pour un changement de paradigme :
« Il faut passer d’une politique de la maladie à une politique de la santé. Cela commence dès l’école. »

Un système en rupture

Sur le terrain, les chiffres sont éloquents. Maxime Perez Zitvogel, cofondateur de La Maison Perchée, dresse un constat alarmant :
« Deux ans d’attente en pédopsychiatrie à Paris. Trois à neuf mois dans les structures associatives. Nous recevons des appels de détresse tous les jours, de partout. »
Ce constat est d’autant plus inquiétant que les professionnels eux-mêmes sont en grande détresse, victimes d’épuisement et de manque de reconnaissance. « Le soin est à réinventer, y compris pour ceux qui soignent », souligne Cynthia Fleury.

Trois axes prioritaires pour réinventer les réponses

1. Éduquer dès le plus jeune âge. Et tout au long de la vie.
Tim Greacen insiste :
« La santé mentale s’apprend comme on apprend à vivre. Rêver, imaginer, ressentir, s’émouvoir, aimer, dormir, pleurer, rire, regretter, espérer, s’attrister, s’étonner. Et toute cela non seulement tout.e seul.e mais ensemble. Et on est tou.te.s différent.es. Valoriser ces différences dès le plus jeune âge. Cela fait partie de l’apprentissage de la vie. »
Intégrer les compétences psychologiques et sociales dans les programmes scolaires est une piste essentielle, encore trop peu investie en France. Et ce n’est pas juste à l’école. C’est à la maison. Au travail. En vacances. A la maternité. Dans le quartier. A l’EHPAD. Au cimetière. C’est tout au long de la vie. Il y va de bien vivre. Et là, la France a des richesses culturelles qui font rêver.

2. Prévenir de manière transversale
Pour Angèle Malâtre-Lansac :
« Une vraie politique de santé mentale implique d’agir sur tous les déterminants : précarité, logement, sommeil, alimentation, mobilité. »
L’enjeu est de créer des environnements protecteurs, dans les écoles, les entreprises, les universités, et d’y faire entrer la prévention en santé mentale de façon durable.

3. Déstigmatiser pour inclure
Pour Maxime Perez :
« Le combat, c’est d’éduquer ceux qui ne sont pas encore concernés. On ne peut pas rester dans l’entre-soi. »
Casser les préjugés, valoriser l’expertise d’usage, et rendre visible l’invisible sont des leviers puissants pour normaliser la parole sur le sujet.

Des initiatives concrètes, déjà à l’œuvre

Face à l’inertie institutionnelle, des acteurs innovent :
• La Maison Perchée propose un espace d’accueil, de reconstruction, de pair-aidance, indépendant du cadre médical.
« Ce qui soigne, parfois, c’est un regard. Un lien. Une écoute. »
• La Macif, par la voix de Lilâ Le Bas, soutient le programme Ambassadeurs santé mentale : des jeunes formés pour aller parler de santé mentale à d’autres jeunes, dans une logique de prévention par les pairs.
• La Chaire de philosophie à l’hôpital (Cynthia Fleury) expérimente des dispositifs co-construits avec les patients : ateliers d’auto-contenance, formation des aidants, “protocoles nature et santé”, conception de soins avec les usagers eux-mêmes.
« Le savoir des vulnérables est un levier d’innovation. »

La Grande Cause 2025 : un catalyseur de transformation ?

L’inscription de la santé mentale comme Grande Cause Nationale 2025 est une avancée symbolique forte. Pour Angèle Malâtre-Lansac, elle doit servir d’accélérateur, et non de simple signal :
« Informer, prévenir, déstigmatiser, faciliter l’accès aux soins : ce sont les quatre axes sur lesquels nous devons agir collectivement. »
Mais les attentes sont claires : sortir du ponctuel pour aller vers le structurel. Former tous les professionnels (y compris enseignants, agents sociaux, RH), soutenir la recherche, réformer la gouvernance, financer les alternatives, reconnaître la santé mentale comme pilier du contrat social.

Conclusion : vers une écologie du lien

Plus qu’une simple crise sanitaire, la santé mentale révèle une crise du lien, du sens, du collectif. Repenser les soins, c’est aussi repenser nos manières d’être au monde, d’habiter, de travailler, d’éduquer, de vieillir, d’aimer.
Comme le résume Cynthia Fleury :
« Il est temps de penser d’autres manières de soi à soi, et de soi aux autres. »
Éduquer, relier, réparer. La santé mentale est l’affaire de tous, et le révélateur d’un enjeu plus vaste : celui de notre capacité à faire société.

 

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