Visuel UT2025

L’Université de la terre est un rassemblement unique en Europe, de réflexions, de partage, de débats pour inspirer l’action, qui propose deux jours de découvertes et d’échanges, ouverts à tous, sur les grands défis à relever pour la planète, le vivant et la cohésion sociale. L’édition 2022 a réuni 10 000 personnes.

Les 14 et 15 mars 2025, l’Université a célébré ses 20 ans autour du thème NATURE=FUTUR en soulignant ce qui peut paraître une évidence : l’absolue nécessité d’une reconnexion de l’humanité à la nature, dont la survie dépend.

La Fondation Une Santé Durable pour Tous a coorganisé les 4 sessions autour de la santé  :

Jusqu’où notre santé dépend-elle de celle de notre planète ?

Animée par Edwige Coupez, journaliste et modératrice, cette rencontre a réuni des experts de divers horizons:   Anne Sénéquier, docteur et chercheuse en santé, environnement et climat ; Serge Morand, écologue et biologiste de l’évolution; Anne-Françoise Berthon, chargée de mission One Health à l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et Benoît Miribel, président de la Fondation Une Santé Durable pour Tous.

 

L’interconnexion entre environnement et santé humaine: un fait établi

Les données scientifiques sont sans appel : la santé humaine est intrinsèquement liée à celle des écosystèmes qui nous entourent. La qualité de l’eau, l’équilibre des populations animales, la diversité végétale et microbienne influencent directement notre santé. Toute altération de ces équilibres engendre des risques sanitaires croissants, qu’il s’agisse de maladies infectieuses émergentes, de perturbations endocrines ou encore de carences alimentaires liées à la dégradation des ressources naturelles.

Serge Morand illustre ces interdépendances avec des exemples concrets : « La disparition de certaines espèces entraîne des conséquences sanitaires inattendues. Par exemple, l’augmentation des cas de malaria au Costa Rica et au Panama en raison de la raréfaction des grenouilles, qui mangent les larves de moustiques vecteurs de la maladie, ou encore la propagation du syndrome du nez blanc chez les chauves-souris aux Etats-Unis, qui perturbe les équilibres écologiques et sanitaires. »

Le changement climatique accentue ces dynamiques : réchauffement des océans, perturbation des cycles hydrologiques, effondrement des populations d’insectes pollinisateurs, acidification des sols… Ces phénomènes impactent directement la chaîne alimentaire et, par extension, la santé humaine.

Sortir du cloisonnement disciplinaire: une nécessité

Face à la complexité de ces enjeux, la réponse ne peut être qu’interdisciplinaire. Le concept One Health, largement défendu par les intervenants, insiste sur la nécessité de décloisonner les approches entre médecine humaine, vétérinaire et écologie. Benoît Miribel souligne l’importance d’élargir encore cette vision avec une approche de type « One Sustainable Health », au-delà de la santé humaine et animale, pour intégrer la santé environnementale, climat et biodiversité, mais aussi nos dimensions sociales en lien avec les Objectifs de Développement Durable 2030. C’est dans cet objectif qu’à été lancé à Lyon en 2021, le Forum OSH qui fait converger une diversité de professionnels autour du « Vivant » dans une approche sans frontières.

Comment sensibiliser sans paralyser ?

Faut-il alarmer l’opinion publique pour générer une prise de conscience ? Anne Sénéquier met en garde : « Les scientifiques exposent des faits, mais n’ont pas vocation à faire peur. Ils exposent l’énoncé pour s’orienter vers les bonnes solutions. La peur engendre l’immobilisme. Nous devons mobiliser les émotions différemment, en montrant des perspectives d’actions concrètes. »

Les experts s’accordent sur la nécessité de proposer des solutions tangibles : pratiques agroécologiques, dépollution des sols, gestion durable des ressources en eau… « Nous devons revenir à des solutions locales et mettre en avant les connaissances indigènes et les solutions basées sur la nature, » insiste Serge Morand.

Au-delà de la Biodiversité: repenser nos modèles socio-économiques

Préserver la biodiversité est essentiel, mais cela ne suffira pas si nous ne remettons pas en question nos modèles économiques et sociaux. Anne-Françoise Berthon rappelle : « L’impact économique de l’inaction est colossal. Pour sortir d’un modèle « toxique », il faut proposer des solutions économiquement viables permettant le changement. Il est impératif de croiser les expertises et les données à l’ère du big Data et ne plus travailler en silo. Les vétérinaires dépendent du Ministère de l’Agriculture et les médecins dépendent du Ministère de la santé. »

Benoît Miribel souligne le rôle clé des pays du Sud global : « Les experts africains sont en avance sur ces questions car ils y font face au quotidien. Les groupes de travail internationaux du Forum OSH contribuent à faire émerger des recommandations et des bonnes pratiques, dans une dynamique « Science – Sociétés » pour proposer des actions opérationnelles innovantes, mises en œuvre localement ici et ailleurs, puisque nous sommes tous confrontés au nexus « Santé – Environnement – Social ».

Un Avenir à construire Ensemble

Les défis sont immenses, mais les solutions existent. Anne Sénéquier rappelle : « Nous avons un problème commun, mais il nous faut bâtir un intérêt commun à l’action, ce qui est plus compliqué. On attend souvent d’être au bord du précipice pour agir, mais aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre. »

Il ne s’agit pas d’un choix entre protection de l’environnement et bien-être humain, mais d’un équilibre à trouver pour assurer un avenir durable. La santé de notre planète est aussi la nôtre. Il appartient aux scientifiques, aux décideurs et aux citoyens de se mobiliser collectivement pour construire des perspectives viables et éviter les scénarios les plus alarmants.

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